Les guignols du quotidien – Jean-Marie Audrain

Avez-vous fait l’inventaire des paroles et des gestes que vous répétez machinalement jour après jour ? Sans parler de ceux que nous accomplissons par de véritables de réflexes de Pavlov. J’ai connu le paroxysme de ce phénomène en participant à une messe un tantinet vintage. Il y avait encore un suisse en costume avec sa hallebarde. A chaque fois qu’il en frappait le manche sur la dalle du chœur, les fidèles se levaient s’ils étaient assis ou s’asseyaient s’ils étaient debout. De telles pratiques perdurent dans nos messes et cela m’étonne et me pousse à rebondir. Par exemple quand le prêtre élève devant les fidèles ce que l’on appelle les espèces consacrées, le pain et le vin, ceux-ci s’agenouillent et baissent la tête au lieu de porter tous leurs sens vers ce qui est le centre de leur célébration dominicale.

Et certains demeurent ainsi à genoux jusqu’à la fin de ce qu’on appelle la « doxologie trinitaire du grand canon eucharistique », moment le plus solennel de la messe, pensant être obligés, par je ne sais quel missel obsolète jamais ouvert, de regarder leurs pieds plutôt que le pain et le vin présentés à bout de bras par le ou les célébrants.

Aux paroles automatiques se joignent les paroles-réflexes. Quand elle entend « Le Seigneur soir avec vous », l’assemblée s’écrit aussitôt « Et avec votre esprit ». Le père Arthur Hervet, aumônier de prison, trouvait plus naturel que ses fidèles répondent à son « Le Seigneur soit avec vous » par une « Et avec toi Arthur ». Je me retiens de les imiter car, comme tout le monde, je connais le prénom de mon curé…davantage que son esprit.

Les paroles et les actions réflexes semblent finalement vides de sens. On les répète sans y penser car c’est ainsi que faisaient nos parents et nos grands-parents.

Et quand le diacre demande aux fidèles de s’échanger la Paix du Christ, ces paroissiens robots se contentent de s’incliner discrètement vers leurs parents se tenant à leur droite et à leur gauche ignorant le reste de l’assemblée. Les églises traditionnalistes s’interdisent même tout bonnement de s’échanger quelque signe de paix. Humain, trop humain aurait dit Nietzsche.

De tout cela j’aimerais que nous retenions que nous devons vivre nos paroles et nos gestes en leur donnant du sens. Faute de signification, tout devient grand guignolesque. La convivialité peut et doit même être fraternelle en et hors l’église. Il en va de la vraie Paix en nous et autour de nous.

 

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (961)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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