Les deux regards de l’homme – Jean-Marie Audrain

   Quand j’étais jeunot, j’invitais souvent une vingtaine d’amis chez mes parents.

Occasion pour mes copains de toujours de découvrir mes nouvelles amies de la Sorbonne.

Une légende prétendait qu’il était impossible de me rencontrer avec une cour de moins de 15 personnes. Une autre ajoutait qu’aller chez Jean-Marie, c’était s’assurer de rencontrer des filles belles, fines et cultivées. La suite prouva que je ne perdais pas mon temps car il y eut plusieurs mariages parmi mes invités. En tout cas, mes copains de toujours repartaient rarement seuls. Inversement, je revoyais rarement mes copines de fac, mise à part Caroline, ignorant que Caroline Régnier était celle de Monaco. Amie qui a d’ailleurs décliné mes invitations.

Je me souviendrai toujours d’un dialogue avec mon ami de Lycée : Jean-Louis.

Il me disait qu’il me voyait comme un contemplatif et mes copains comme des possessifs.

J’étais tout à fait de son avis car je me refusais d’endosser le costume de baiseur de poule de ces derniers.

Je ne suis pas sûr que tout le monde me percevait ainsi : un contemplatif, un mystique disait mon autre ami Jean-Pascal.

Dans la vie courante, mes amis amateurs de jolies filles ne se contentaient pas de leur présence fraternelle, mais les invitaient à tester leur matelas multi-spires.

Dans nos conversations, ces amis serinaient que trouver une fille belle signifiait sortir le grand jeu pour la conduire dans son lit.

Je faisais figure d’électron libre et je suis resté le même contemplatif qui ne sera jamais un bellâtre libidineux.

Cela nous ramène bien au thème des deux regards, mais aussi aux deux concupiscences de Blaise Pascal : celle des yeux et celle de la chair.

Cela pourrait aussi nous ramener à Sartre : un regard sur une jolie fille belle en soi ou belle pour soi.

Regard contemplatif ou regard possessif. C’est une option quotidienne dans un monde ou tout s’achète, même l’image de corps de la femme. Cela dit, pas toujours facile de n’admirer que la montre ou le corsage des filles de certaines publicités.

Par bonheur, ces articles de luxe sont toujours hors de prix, comme une invitation à la simple contemplation, finalement.

Par bonheur, aussi, le vrai amour est gratuit. On aime la personne pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle a dans ses apparences. Cela doit être l’amour par regard contemplatif et non possessif.

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (960)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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6 Commentaires
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Colette Guinard
17 mai 2022 12 h 53 min

Oui Jean Marie, il y a de quoi méditer sur ton récit, merci pour celui-ci Bonne journée Colette

Plume de Poète
Administrateur
16 mai 2022 16 h 35 min

Nous pouvons donc en conclure que le bonbon est meilleur avant de le développer et de le manger…et encore moins bon quand on l’a mangé…