
Une jeune femme de village, Léoncine, a développé un don de guérisseuse herboriste.
Entre-temps, elle fut mariée à un petit propriétaire et les tâches paysannes l’accaparèrent bien vite. Il lui resta peu de liberté pour suivre sa vocation qui devint vite la raison de son existence. Elle ne put procréer au grand dam de cette famille terrienne en mal de descendance. Ceci attirait régulièrement les sarcasmes du maître de maison :
– << Tu n’as pas encore dégoté la tisane pour te soigner, ou les fleurs sont encore à planter ? >>
Léoncine, impassible, ne pensait qu’aux joies prochaines où elle pourrait s’évader dans la nature.
Elle avançait en âge et sa peau flétrissait sans avoir rencontré le soleil de sa vie. Celle-ci s’étirait grisâtre comme un ciel de traîne . Seule, la coupure dominicale et quelques rares expéditions au marché rompaient la vacuité de son quotidien.
Un de ces matins-là, elle croisa une drôle de vieille femme qui présentait des pots de poussière multicolore. Intriguée, Léoncine noua la conversation. En fait, il s’agissait d’épices et de pigments. On pouvait teindre les tissus, les cheveux, la peau. Léoncine était ébahie devant de telles nouveautés et choisit un bocal roux. La vendeuse, bavarde, lui vanta les attraits de son commerce. Elle subvenait à ses besoins tout en rencontrant du monde et c’était fort distrayant.
De retour à la ferme, Léoncine fit des essais qui s’avérèrent concluants. Elle s’amusa à dessiner des motifs sur des nappes blanches, para sa coiffure de reflets, mais n’osa pas décorer sa peau. Elle était si fondue dans le décor que son entourage n’aperçut aucune transformation.
Mais l’activité de la marchande de poudres cheminait dans sa tête. Léoncine mourait d’envie de négocier ses herbes de place en place. Aussi, elle prétexta des besoins de plus en plus réguliers pour courir les marchés. Ses préparations dans ses besaces, un tissu sur l’épaule, elle se rendit dans les bourgades pour trouver un coin de rue passante et installer son étal de fortune.
Elle avait de tout pour soigner les maux les plus communs. Mais, sur le bas côté de la couverture, elle avait disposé des échantillons spéciaux : les tisanes du cœur. En effet, au fond de l’encyclopédie, elle avait découvert une rubrique pour soulager les souffrances sentimentales. Elle n’avait pas expérimenté ces potions au village par crainte du qu’en dira t-on et, sur elle-même, rien n’avait fonctionné.
Une personne distinguée s’arrêta, attirée par cette curieuse herboristerie ambulante. Elle parcourut les légendes des poches.
<< Quels sont les bienfaits de vos préparations, jeune dame ?>>
– « Je soigne les grands comme les petits maux. Voyez, une fleur est notre portrait. La finesse et la souplesse de sa tige ravissent les caresses du vent. Sa corolle est l’apanage de son cœur, comme notre chevelure autour de notre visage. Alors, si vous voulez embellir votre teint, je vous conseille de la camomille en infusion à passer sur votre peau tous les soirs. >>
La dame se laissa convaincre par la faconde de la nouvelle marchande et fit ses emplettes de feuilles, fleurs et racines de toutes sortes.
Léoncine va-t-elle réussir à faire commerce de ses plantes thérapeutiques ?