La Smalah et tutti quanti (chapitre bonus) – Naëlle Markham

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Ce chapitre a été écrit dans le cadre d’un concours un peu déjanté. Mon roman ancré dans la vie réelle avait été sélectionné au premier tour et le challenge était de créer une suite dans un monde imaginaire; ceux qui avaient écrit un roman fantasy devaient, eux, créer une suite ancrée dans le monde réel. Il peut se lire indépendamment du roman. Si jamais, pendant tout le roman, Giuseppina alias Giù (qui signifie “en bas” en Italie) est une championne des monologues intérieurs tant avec elle-même qu’avec toute une galerie de personnages sympas… Et elle continue dans ce chapitre. 

Giù, flanquée de Walid et de Leila, descendit du bus à l’effigie de Harry Potter ; le petit groupe resta un moment extatique à contempler le musée qui les avait attendus si longtemps : deux ans avaient été nécessaires pour économiser patiemment chaque centime du séjour. Les enfants étaient excités comme des puces, mais elle, c’était encore pire. Derrière la façade « Bonjour, je me présente : Giuseppina, mère de famille accompagnant mes enfants à la découverte de Harry Potter » se cachait son alter ego déjanté « Salut tout le monde, je m’appelle Giù, je suis fan absolue et je vais m’éclater à retrouver mon vieux pote Harry. »

Pour bénéficier de tarifs encore abordables et des plus longues journées de l’année, Giù avait organisé le voyage juste après la fin des écoles. Elle avait également décrété que le jour du solstice serait réservé au jeune sorcier à lunettes rondes : dans un monde de magie, le 21 juin c’était LE jour où tout pouvait arriver. La Giuseppina sage lui donna une claque derrière la tête : décidément, tu ne grandiras jamais. Encore à croire à ces idioties. Tu es pire que tes gosses. Giù se rebiffa : Et alors, qu’y a-t-il de mal à ça ? Quelle poisse de devoir toujours agir en adulte. En tout cas, aujourd’hui tu m’oublies. Au placard, Giuseppina, champ libre à Giù.

La foule n’était pas encore celle des grands jours et une fois les précieux sésames en poche, ils se forcèrent à retarder un peu le début de la visite pour suivre leur plan. Direction la boutique. Pendant des soirées entières, les trois compères s’étaient entraînés à lancer des incantations avec des grissini*. Il leur fallait acquérir maintenant les « véritables » baguettes magiques AVANT d’entrer dans le musée. Leur choix était déjà arrêté depuis belle lurette : la baguette d’Hermione pour Leila, celle de Harry pour Walid. Et elle ? Après moult recherches et comparaisons, celle du professeur McGonagall avait emporté sa préférence. Jamais shopping ne se termina si rapidement.

Giù dut prendre sur elle au moment de payer. Elles sont en or ou quoi ? Sérieusement, ils abusent. Mais quand on aime, on ne compte pas. Avec un immense sourire, elle fit la distribution pendant qu’ils se dirigeaient vers l’entrée. Harry, nous voilà. On arrive.

Pendant les essais avec les grissini, le trio avait mis au point sa propre incantation et l’avait répétée tant et plus jusqu’à en rêver la nuit. Bien sûr, Giù avait mis à contribution les sites de traduction, quoique le latin ait été un peu compliqué pour elle. Avec l’anglais, elle arrivait à deviner si le sens correspondait. Mais le latin… Advienne que pourra.

Giù et ses enfants avaient atteint le lieu emblématique sélectionné pour l’incantation : la grande salle des banquets de Poudlard. Bien évidemment, n’étant pas capable de discrétion qui veut, ils se positionnèrent au beau milieu de la salle, en triangle sous l’un des grands lustres. La foule, amusée par ce spectacle improvisé, les contournait sans s’arrêter. Giù harangua sa petite équipe.

— Je sais que vous vous souvenez de tout, mais on se refait un dernier topo. À trois, on unit nos baguettes, on regarde le ciel et on scande trois fois l’incantation. C’est parti. Allez, trois… deux…. Un… Go…

« ut hic et nunc intrare in magica aliis orbis terrarum »

« ut hic et nunc intrare in magica aliis orbis terrarum »

« ut hic et nunc intrare in magica aliis orbis terrarum »

Tout en clamant la formule magique en chœur avec ses petits, Giù sentit son cœur se dilater d’amour, de bonheur et d’allégresse. Qu’ils avaient l’air heureux, ses anges, que leurs yeux brillaient de joie. Là, à cet instant, elle ressentit au profond d’elle-même la justesse de ses décisions passées. Tout était bien.

CRAAAC BROUMMM!

Un éclair bleu avait frappé le sol au centre du triangle formé par la petite famille. Le bruit de l’explosion leur fit rompre la formation, les mains dirigées dans un même réflexe vers leurs oreilles pour les protéger du fracas assourdissant. Une brume épaisse autour d’eux les isola dans une bulle de clarté. Les petits paniquèrent.

— Maman !! cria Leila.

— Maman !! pleura Walid.

Elle les entoura de ses bras rassurants, elle-même méchamment secouée par cet événement inattendu.

— Ce n’est rien, ce n’est rien. Il a dû y avoir un problème électrique. Tout va rentrer dans l’ordre. N’ayez pas peur. Maman est là.

— Maman ?

La voix de Walid, pleine de points d’interrogation, ne contenait plus la moindre trace de crainte. Elle le vit pointer un doigt vers la brume qui se dissipait.

— Maman, regarde !

Leila fixait d’un regard ébahi la salle qui était redevenue visible. Giù sentit sa mâchoire se décrocher. Impossible, c’est impossible, mes yeux me jouent des tours.

Les tables de la salle, couvertes d’une surabondance de plats, victuailles et chandeliers, étaient occupées par des étudiants chahuteurs en uniforme de… Poudlard. Une chouette effraie les effleura dans son vol, faisant hurler les enfants. En la suivant du regard, Giù vit que le plafond avait disparu, remplacé par un ciel étoilé sillonné de comètes. Avant qu’ils n’aient le temps de comprendre et de réaliser, une silhouette se planta devant eux.

— Bienvenue à Poudlard. Merci de nous avoir rejoints pour le banquet du solstice. Vous n’êtes pas très nombreux aujourd’hui à avoir pu passer la porte de notre dimension. Je suis ravie de vous accueillir.

Giù observa avec stupéfaction la main tendue vers elle et fixa son interlocutrice.

— Professeur McGonagall? C’est bien vous ?

— Vous avez choisi ma baguette, donc oui, c’est moi qui vous accueille. Ah ! et je vois qu’il y a d’autres baguettes. Voyons donc.

Elle examina celles des petits qu’ils avaient cachées dans leur dos. Elle appela à la cantonade.

— M. Potter ! Mlle Granger ! Venez accueillir vos hôtes.

Un remue-ménage en provenance de la table des Gryffondor se fit entendre, suivi d’une cavalcade. Harry et Hermione arrivèrent en courant, mais ils n’étaient pas seuls. Ronald et Neville les suivaient de près.

Le professeur McGonagall tempêta.

— M. Weasley. M. Londubat. Ceci est mon dernier avertissement. Vous avez bien assez de vos propres hôtes pour ne pas interférer avec les nôtres. Exceptionnellement, vous pourrez rejoindre nos invités à leur table. Ne rêvez pas : je le tolère en raison du solstice, c’est tout.

Tout ce petit monde se retrouva assis autour d’une table tout autant chargée que les autres, apparue grâce à une incantation de Leila dictée par Hermione qui l’aidait à tenir sa baguette. Alors que ses enfants sautillaient sur place, riaient et pépiaient avec les jeunes, Giù se pinça férocement la joue. Non, je ne rêve pas, notre soi-disant « incantation » nous a bel et bien expédiés… où en fait ? Dans une autre dimension ? Une petite tape sur l’épaule la fit redescendre sur terre. Mme McGonagall la regardait avec bienveillance.

— Détendez-vous. Je comprends votre désarroi. Vous n’êtes pas la première.

— Mais comment ?

— Nous avons également été surpris les premières fois que nous avons vu arriver des hôtes. Notre monde a été créé par notre auteure, donc il existe bel et bien… dans cette dimension, coupée de la vôtre. La magie la plus intense vient de l’énergie de la pensée, savez-vous ? Quand celle-ci est assez puissante, et je dirais que vous avez fait une entrée remarquée avec vos enfants, la porte entre les dimensions s’ouvre et vous permet de pénétrer dans ce monde à l’endroit et au moment que vous avez choisis.

Hermione, Leila accrochée à son cou, prit la relève, répondant du même coup à la question de la fillette.

— La magie s’estompera après le repas et vous retournerez à l’endroit où vous étiez. Nos précédents hôtes nous l’ont bien appris : avoir un rêve et le voir se réaliser sont deux choses bien différentes. Après l’excitation de l’aventure vient toujours le moment où l’on veut rentrer chez soi. D’ailleurs, c’est pour cette raison que nous préférons rester ici. Alors, profitez de cette parenthèse avant de retourner à votre monde. Tu es d’accord avec moi, Harry ?

Celui-ci, distrait par Walid qui tentait de le chatouiller, se contenta d’opiner énergiquement.

Le joyeux repas dura longtemps, longtemps, débordant de causeries et de taquineries, de rires et de chamailleries. Quelques curieux, y compris de nouveaux arrivés tout aussi éberlués que Giù un peu plus tôt, vinrent les saluer. Puis, peu à peu, la brume revint, assez lentement pour laisser à chacun le temps de prendre congé ; une fois qu’elle eut tout englouti sur son passage, un nouvel éclair éclata et le monde reprit son cours.

La nuit venue, Giù borda les enfants recrus de fatigue ; ils dormaient déjà à poings fermés. Quelle belle journée ils avaient passée ! Mais tout cela avait-il été bien réel ? S’étendant à son tour, un monde féérique ondulant sur le paravent de ses yeux, elle décréta que oui. Quand on laisse la place à la magie dans sa vie, elle vous en remercie en y entrant.

Tous droits réservés©Naëlle Markham

* Grissini (source Wikipedia) : Les gressins (en italien : grissino, pl. grissini) sont des petits pains allongés et secs originaires de la région du Piemont en Italie, généralement pas plus épais qu’un stylo pour 25 cm de long environ

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Naëlle Markham

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J'ai toujours aimé lire et écrire ; même mes études ont suivi cette filière, puisque j'ai passé par la voie "Classique littéraire" (c'est ainsi que s'appelait cette voie de la maturité classique en Suisse à mon époque (le bac en France); les autres choix étaient les "scientifiques", les "socio-économiques", pas ma tasse de thé, les maths et moi, on n'est vraiment pas amis.

En septembre 2018, après qu'un de mes articles a été publié dans la presse papier, mes enfants se sont enfin aperçus, et avec un grand étonnement, que leur mère savait... écrire (c'est vrai que mon métier c'est plutôt de corriger). C'est alors que mon benjamin m'a offert un cahier et un beau stylo, en me sommant de me faire plaisir par l'écriture. Il peut aujourd'hui constater que j'ai suivi son "conseil" (vigoureux le conseil quand même). J'ai ainsi sorti plein de choses de mes tiroirs et terminé en 2019 mon premier roman, La Porteuse de Pluie (débuté en 2013, je l'avais alors intitulé "Rupture" mais il y aurait alors eu un malentendu dès le titre, puisque ma "Rupture" à moi renvoie à un cataclysme survenu quarante ans avant la narration).

Mes lectures ont toujours été très éclectiques, rares sont les sujets qui me font fuir. C'est vraiment très personnel, je ne sais pas à quoi cela tient, mais je suis incapable de lire une biographie ou une autobiographie (dixit le Dr House: tout le monde ment); même topo pour les livres situés à l'époque de la deuxième guerre mondiale, je bloque (et là je n'ai pas d'explication).

Tout comme pour la variété de mes lectures, je ne me suis jamais cantonnée à un genre d'écriture.

La poésie me permet d'exprimer, mieux que la prose, et en très peu de mots (pas de poésie fleuve pour moi plutôt le genre uppercut ), la douleur, le deuil, la violence, ces événements de la vie si traumatisants qu'il est presque impossible de mettre des mots dessus. Heureusement, la vie n'est pas toujours si lourde à porter, alors j'ai d'autres manières d'écrire pour l'appréhender, qu'elle soit réelle ou pas d'ailleurs.

Le fantasy me permet de lâcher la bride à mon imagination qui essaie de prédire l'évolution de ce que nous vivons aujourd'hui (La Porteuse de Pluie se déroule en 2102 - sur amazon - https://www.amazon.fr/porteuse-pluie-Na%C3%ABlle-Markham-ebook/dp/B07X1BK5YQ). Pour nos prédécesseurs de la fin du XIXème, notre époque aurait déjà été de la science-fiction. Quelle sera la nôtre?

Quant au paranormal, j'assume, j'adore imaginer que nous avons tous en nous des dons bridés qui se libéreront un jour (La dernière Plaie / La Porteuse de Pluie).

Je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer une vie extra terrestre (voir La dernière Plaie, également sur amazon - https://www.amazon.fr/derni%C3%A8re-plaie-Na%C3%ABlle-Markham-ebook/dp/B08X8V3HPJ/ref=tmm_kin_swatch_0?_encoding=UTF8&qid=1614324684&sr=8-1. La loi des probabilités fait qu'elle existe sûrement. Mais quelle forme a-t-elle prise? Pour moi, il est impossible de concevoir que nous soyons seuls dans l'immensité de l'Univers. Un jour, nous saurons.

Quant au reste, beaucoup de mes écrits sont centrés sur des histoires de famille plus ou moins cocasses ou compliquées (La Vérité d'Anna - https://webstory.ch/histoires/la-verite-danna/, La Smalah et tutti quanti - https://webstory.ch/histoires/la-smalah-et-tutti-quanti/).

Alors que mes enfants étaient petits, je leur ai lu tous les contes et fables qui me tombaient sous la main, mais j'ai aussi mis la main à la pâte pour leur tricoter des histoires que je raconte désormais à mes petits-enfants (Comme les doigts de la main, Le Sapin et l'enfant).

Enfin, une dernière chose: la musique. Je n'en fais pas, j'en suis totalement incapable, mais elle est toujours là, dans ma vie, et elle aussi tout aussi variée que mes lectures ou mon écriture; j'ai donc envie de vous faire partager ces opus que j'aime pendant que vous lirez.

Je vous souhaite à tous une bonne lecture.

Naëlle

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