
IV – Entre deux grand-mères (première partie)
Mes souvenirs d’enfances avec mes grands-mères se rangeraient dans deux valises bien différentes. On alternait : un été chez l’une, un été chez l’autre
La maman de mon papa, veuve depuis longtemps, nous recevait, mes parents et moi-même, dans sa petite maison bretonne à Saint Brieuc. J’avoue n’en avoir rapporté qu’un maigre souvenir : le tas de sable noir dans un coin de la cour. Mon père m’avait payé un seau et une pelle en plastique. Le sable était très sale et très sec alors il se prêtait très mal aux pâtés de mon grand seau qui s’écoulaient aussitôt les uns après les autres. Très vite, comme je m’ennuyais à remplir encore et encore mon seau avec ce sable noir incapable de faire un pâté solide et qui en plus rentrait dans mes sandales et s’y collait, j’ai demandé à mon père de m’acheter un râteau et des moules. Sur la plage, j’avais aperçu un enfant qui faisait de super tortues avec son moule et un autre des crocodiles incroyables avec les écailles et tout et tout.
En guise de réponse, mon père me répondit : « Pleins-toi de ne pas avoir assez de jouets. Sais-tu avec quoi je jouais à ton âge ? Je trainais une boite de conserve vide au bout d’une ficelle ».
Evidemment, quand je lui ai demandé de m’en faire une, il a refusé net. Il avait raison, vu qu’il était champion pour mettre de l’huile partout en ouvrant les boîtes de sardines et faire hurler ma mère qui en avait marre de devoir passer et laver sa serpillère.