Débridements – Pierre Deschênes

 

J’appréhendais

les naufrages
les vols planés
sur vents contraires
les amerrissages
les déraillements
de la septième heure
la déraison
la confusion
la souffrance
l’impuissance
les maux épars
les mensonges révélés
 
 
*
 

Je voulais

dépressuriser mes synapses
débrider les muqueuses
de ma raison
me mettre au clair
m’affranchir
me déconceptualiser
faire un dieu
de moi-même
me créer

 

Je voulais

départager les idées reçues
libérer ma culture
de l’ivraie
graver lettres et mots
nouveaux
réfléchis
sur supports multiples
combler mes manques
et mes nids de poules
de sens

 

Je voulais

me délocaliser
exercer un don
d’ubiquité virtuelle
déglacer
ma pensée
débrider
le cheval vapeur
de mon moteur
de connaissance
éparpiller
les fragments d’ossature
de ma structure crânienne
reconstruire
le casse-tête
à la lumière
d’un plan supérieur

 

Je voulais

affiner ma perceptivité
à travers les couloirs de l’inné
court-circuiter mes neurones
à l’aune des pylônes des certitudes
financés par nos états d’âme
canaliser l’électricité dans l’air
la brancher au diapason
du pouvoir des hommes
Je voulais
décrypter l’indicible
réinventer la nomenclature
de ma condition d’homme
retrouver mes esprits
retracer ma destinée
sur les papyrus
des cosmologies
de tout temps
de jamais

 

*

 

J’espérais

déterrer les traces
mêmes inimaginables
de mes origines
comprendre
par quels ricochets
gravitationnels
par quels détours
interplanétaires
j’en étais venu
d’abord
à m’incarner
puis ici
en ce monde

 

J’espérais

l’osmose
saisir
la nature profonde
de l’essence des autres
la fondre
dans la mienne
me couler
dans la leur
devenir
un seul être
humain

 

J’espérais

transcender la folie
les humeurs stagnantes
les travers
les inhibitions
les chaînes
les jugements portés
les soliloques égarés
les élever
vers d’autres cieux
au service libérateur
de quelqu’un
de quelque chose

 

J’espérais

que mes glandes
secrètent un nectar divin
que mes cellules
se divisent en étoiles
que mon corps évanescent
se dilate en voie lactée
que mon esprit se marie
avec le mystère

 

*

 

J’attendais

un sourire
imprévu
une étreinte
de tout temps rêvée
une bouteille
à la mer trouvée
une épiphanie ordinaire
à la descente d’un trottoir
une déclaration d’amour
au détour d’un toucher
hésitant

 

J’attendais

que mon nom
se révèle
que mon âme
soit sanctifiée
que ma volonté
soit faite
ici comme ailleurs
et si
comme le raconte la fable
un dieu s’est fait homme
j’attendais à mon tour
de me faire dieu

 

J’attendais

l’inattendu
les lendemains
le rêve éveillé
la rencontre
qui a lieu
les serments
qui se prêtent
les non-dits
qui se disent

 

*

 

J’imaginais

le retour dans l’enfance
les joies lumineuses
aux reflets d’éternité
le ravissement
sans attente
l’avènement
d’une vérité
sans nom

 

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Pierre Deschênes

Pierre Deschênes (12)

J'habite à Montréal, Québec, Canada. J'ai eu plusieurs vies professionnelles, la plus importante comme graphiste, à mon compte puis pour une société. Il m'a aussi été donné de faire office de transcripteur, de rédacteur et de traducteur. Lors d'une parenthèse de quelques années, j'ai pu m'initier à la composition, à l'écriture, à l'enregistrement et au mixage de chansons et de pièces instrumentales. Je travaille actuellement comme sous-titreur (ou rédacteur de sous-titres), pour malentendants, pour la télévision. Et je suis aussi un adepte passionné de lettres et autres mots à mes heures.

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