211. Rousseau Blaise – “La litanie du paraphile”

grand-juryPoème ayant retenu l’attention du Jury

La litanie du paraphile

« A Paris, voyez-vous,
Se sont donné rendez-vous
Les plus beaux talons du monde,
Pour défier les lois de la gravitation,
Et surtout de la raison.

Ainsi,
Les français annoncent la fatale.
Les italiens mettent sur un piédestal
La méditerranéenne solaire.
Les baraquettes ponctuent une pompe du tonnerre.
Les abattus sont portés pour se parer d’humilité.
Les talons kikit pour surligner son attractivité.
Les montants pour s’afficher dominatrice.
Les aiguilles pour une démarche d’enfer.
Les chopines pour la pavane d’une chopinette .
Les bobines pour rappeler à nos bons souvenirs
L’embobineuse .

Mais en fin de compte,
Que veulent bien dire ces talons
D’Achille écorchés ?

Pas seulement l’hypertrophie des jarrets,
Ni la proéminence des coco-fesses,
Ni même le fétichisme pour l’objet.

Toc ! Toc !
Klap ! Klap !
Toc ! Klap ! Toc ! Klap !
Klippp ! kripp ! kripp ! Klipp !
Ces tempos lancinants, parfois brinquebalants,
Dans l’écho d’une fastueuse allée,
Nous disent dans leur mesure
Que du haut de sa respectabilité,
Une telle fut une traînée,
Avant d’être casée.
Sur un trottoir,
Que celle-ci a la tête de l’emploi
Et porte le seum.

Sur un passage piéton, qu’une autre a du chien.
Dans les couloirs d’une administration,
Que celle-là est un grand jupon
Qui a du cul.

Au Bon Marché,
Que celle-ci, aux cheveux flavescents,
A fait son temps.
Ou encore,
« Circulez ! Il n’y a rien à voir ! »
Celle-là avec les chiquets,
Toute de noir emmurée, a l’échine trop souple.
Dans le Bois de Boulogne,
Que, déguisée, l’âme de la Tentation
Est une femme caca-bœuf.
A la sortie d’un hôtel,
Que la talonneuse est une femme collante
Qui vient d’avoir barre sur l’épouse.
Non loin de l’Avenue Brune,
Que celle-ci, très talon rouge,
N’est qu’une soubrette aux lèvres rouges,
Qui marche sur les talons de la Fortune.

A l’angle,
Que celle-là est une femme-kalalou
Qui a déjà donné.

Sur les Champs Elysées,
Que la jeunette au bras du vieil homme
Est une déplumeuse
Qui a un estomac d’autruche.
Dans le hall,
Que la grisette du premier
Est une femme pintade
Qui a le melon.
Et sur le parquet du piano bar ?
Que celle-ci est dans la solitude.
Que celle-là est en m’as-tu-vu.
Que la pimbêche a la tête dans le cul
De se faire berner.
Qu’une autre a le moral dans les chaussettes.
Qu’une autre encore est une smicarde
Esseulée portant beau,
N’ayant pas sou vaillant, malgré ses talons rouges.
Que la discrète a du vague à l’âme.
Que la blonde a le chocolat aux lèvres.
Que la rousse a le diable au corps.
Que la beurette a une bonne descente.
Que la négresse a les dents qui rayent le plancher.
Que la cinquantenaire a de beaux restes.
Que la brunette a un pet de travers.
Que l’octogénaire a loupé le coche.
Que la jaune a du plomb dans l’aile.
Que la métisse a des couilles au cul.
Que l’exubérante a le cul bordé de nouilles.

Et devant l’ascenseur ?
Ciel !
Que la petite du septième,
Fiévreuse, grelottante, mais rayonnante,
Illuminée,
Vient de voir le loup !
Que cette meneuse de marmaille
L’a dans l’os.
Que la quiche du second
A eu son content.
Que la voisine du dessus
A sans cesse l’estomac dans les talons.

Et le bout du bout de tous ces talons ?
L’élégance toute Volonté.
Douloureusement Affichée !
Divinissimement Portée !»

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