Une médaille à deux facettes – Jean-Marie Audrain

      Des témoignages et des échanges récents m’ont replongé dans la lecture d’un certain Ignace de Loyola.

Étrange, désuet et même dangereux pour certains, le mot «consolation» trouve tout son sens sous la plume de ce maître spirituel.

Des personnes se jugent, et le mot est bien pesé, inconsolables car leur souffrance ne doit être qu’unique. Je pourrais parler en premier de celle du veuvage. Pour la veuve ou le veuf , personne ne peut comprendre sa souffrance car personne n’a connu et aimé son conjoint autant qu’elle ou que lui.

Ce sentiment d’incompréhension présupposée de la part des autres stérilise toute approche de compassion (souffrance avec en latin) de la part de l’entourage de cette personne. On retrouve le même schéma chez certaines personnes esseulées : leur solitude est incompréhensible pour les autres donc elles se croient inconsolables.

C’est ici que l’on comprend que la consolation proposée d’un côté ou attendue de l’autre peut se muer en désolation. Les deux seraient, selon Ignace de Loyola, les deux facettes d’une même médaille, les deux faces d’une même pièce de vie.

Il ne faut donc pas faire tourner cette pièce comme un jeton qui retomberait par hasard du côté pile (désolation) ou du côté face (consolation). C’est une piécette à manier avec des pincettes. Un mot de trop, un geste en moins, et la meilleure intention de consolation peut être vécue comme une expérience de désolation.

Il est vrai, cependant, que la personne en couple ne peut pas vivre de l’intérieur la souffrance de la veuve, alors que selon la Bible c’est notre devoir premier de lui faire « justice », à savoir trouver le mot et le geste « juste ».

Ignace de Loyola voit d’ailleurs dans la consolation un don de l’Esprit Saint, don dont l’homme serait bien incapable par lui-même.

Méditons sur notre façon de manier cette médaille à deux facettes et mettons en œuvre les bons mots et les bons gestes qui, au premier chef, feront ressentir à la personne en souffrance, à la veuve ou à l’esseulée, que sa souffrance est comprise. De la compréhension naîtra conversion de la désolation en consolation.

 

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (961)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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