Au pays des oiseaux – Christian Satgé

Petite fable affable

Les vautours se prenant pour des aigles,
Établirent leur règne et leurs règles
Pour régenter, depuis leur aire, les airs.
Sévères jusqu’à l’austère dans l’Éther,
Se réservant les plus hautes altitudes,
Pour faire de la jungle un zoo,
Ils mirent en cage ou à la servitude
Les peuples du pays des oiseaux.

Nés des cieux, donc d’essence divine,
L’ordre charognard, on le devine,
Mit son monde à son pas cadencé.
Cogiter ? Mieux valait ne pas y penser !
Entre cimetière et cimeterre,
Lois sans foi et piété sans pitié,
Le mieux, pour tous, était de se taire,
De craindre jusqu’à ses amitiés.

Pour parachever leur dictature,
Ces rapaces, viles créatures,
Qui jalousaient aussi les dons des chanteurs,
La main sur le cœur, le doigt accusateur,
Sous leurs cieux apaisés, à jamais, bannirent
Toute musique. Hors leurs cris, bien sûr.
Et mieux valait ne pas encourir leur ire :
L’exil, la mort frappait à coup sûr.

Donc pour pinsons, grives, alouettes,
Finies chansons, poésies, bluettes.
Dans ce théâtre d’ombres rien ne se dit
Que l’écume des choses, par maint édits.
Tout était morceaux choisis, saines lectures,
Odes sirupeuses. Rien d’amer.
Nul, chez les laboureurs de littérature
N’ensemençait le vent ni la mer.

Pourtant, malgré cette conjoncture,
Passant outre avis et conjectures
Rossignol, au lieu de rester clos et coi
Comme chacun, sortit. On ne sait pourquoi.
Sur une haute branche, voilà qu’il chante,
Modulant, trillant et trémolant,…
Le sol s’en émeut et le ciel s’en enchante.
Vite, on lapida ce turbulent.

L’incident à tous servit d’exemple.
Mais Canari, de sa voix si ample,
Rendit hommage à l’effronté trucidé.
Il fut puni d’avoir eu pareille idée.
Un merle siffleur, du plus haut d’un vieux tremble,
Prit le relais de feu son parent.
Il meurt. Puis un autre… et un ensemble…
Jusqu’à ce qu’on chassât ces tyrans.

L’Homme n’étant pas qu’être physique,
Partout où furent interdits, muselés,
Les arts, les mots et mieux, la musique,
Résistance puis révolte ont ciselé…

© Christian Satgé – juillet 2011

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Christian Satgé

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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