
Bien que je connaisse le monde du handicap, j’avais quelques petites craintes la première fois que je l’ai rencontré. Je craignais, en effet, d’être maladroite dans mes paroles, dans mes gestes. C. m’a rassurée tout de suite en me mettant à l’aise, en me faisant voir son téléphone portable et en utilisant un vocabulaire où le verbe “voir”, entre autre, n’était pas banni.
Puis C. me confirma ce que j’avais appris déjà depuis longtemps et que j’ai considéré comme un heureux présage : Sainte Odile est la sainte patronne des aveugles. Comme elle l’est également pour cette jolie région où je ne suis jamais allée : l’Alsace !
“Enfin une personne voyante qui s’intéresse à nous les personnes non-voyantes !” Ce cri du coeur de C. est toujours en moi, des années après.
Intriguée, je lui ai donc posé cette fameuse question qui était de savoir comment cela se passe pour les personnes aveugles quand elles vont au restaurant. C. me répondit ce que je savais déjà à savoir qu’il n’existe aucun menu pour elles et la seule chose à faire, c’était de mémoriser les paroles de la serveuse ou du serveur… A moins qu’elles soient accompagnées de personnes voyantes qui pourront leur lire les fameux menus… Peut-être bien mais je n’étais pas d’accord.
Pour moi, ce n’était et ce n’est toujours pas normal. Inadmissible également. Un point c’est tout.
En parlant de point et sans vouloir faire de jeu de mot, je vais évoquer dans les lignes suivantes ma première rencontre avec cette écriture qu’est le braille et que je qualifie de géniale.
Déjà, je savais qu’elle est composée de points à relief permettant ainsi à la personne aveugle (ou non) de pouvoir la lire avec ses doigts. De mon côté, j’ai essayé plusieurs fois de le faire mais je n’y suis jamais arrivée. Pour être honnête, je ne le faisais pas de façon régulière. Je ne mettais pas assez de volonté.
Je pense que le braille, c’est comme le piano ou le tricot. Il faut en faire tous les jours si on veut obtenir des résultats positifs.
Pour ce qui est du matériel, il faut un poinçon. Ce dernier est tout simplement un instrument métallique, terminé en pointe pour percer des matières dures. Dans mon exemple, le poinçon perce le papier braille, plus épais que le papier ordinaire.
Ensuite, il faut aller de droite à gauche sur ce dernier pour pouvoir l’écrire. De cette façon, quand on retourne la feuille, les premiers mots se retrouvent à gauche. Cela, je ne le savais pas et c’est C. qui me l’a appris la première fois quand j’ai eu le fameux poinçon entre mes doigts.
Grâce à C., je connais l’alphabet braille et quelques signes de ponctuation parmi tous ceux qui constituent cette écriture. Ils sont restés plus ou moins dans ma mémoire car aujourd’hui, je n’ai plus l’occasion de la pratiquer, ni d’écrire à des amis non-voyants.
Avec le temps en effet, le contact s’en est allé et chacune, chacun, est parti de son côté. Comme je l’ai dit au début de ce récit, mon projet pour les personnes privées de la vue n’a pas évolué comme j’aurais aimé le faire et c’est dommage.
Pourtant en y réfléchissant, il semblait bien parti. Durant mon bref parcours, en effet, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes bienveillantes qui ont été intéressées et qui, sans que je leur demande, ont donné de leur temps pour le faire avancer de façon positive. Qu’elles soient ce soir encore remerciées.
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