Mys Paris – Daroca Mikael

Paris d’occupation.

Ce passé commence le 14 juin 1940. Ce jour-là, les Allemands entrent dans Paris. Un Paris vide des deux tiers de ses habitants, partis sur les routes de l’exode, à propos duquel Saint-Exupéry écrira dans Pilote de guerre (Gallimard, 1942) : « Je survole donc des routes noires de l’interminable sirop qui n’en finit plus de couler. »

Le 18 juin, le général Charles de Gaulle (1890-1970) lance de Londres son appel au combat et, le 22, le maréchal Philippe Pétain (1856-1951) signe l’armistice. La France est désormais séparée en une zone nord (les deux tiers du territoire), occupée par les Allemands, et une zone sud, dite « libre », placée sous l’autorité de Vichy.L’armée d’occupation a soif de distractions. Plusieurs hauts lieux du spectacle lui sont réservés : L’Empire (disparu) devient « théâtre des soldats et armées d’occupation », le Rex et le Marignan des Soldatenkinos (« cinémas pour les soldats »), la Wehrmacht réquisitionne en partie Chaillot pour l’association Kraft durch Freude (« force par la joie »)…

La Comédie-Française.

L’histoire de la Maison de Molière pendant la seconde guerre mondiale, longtemps tue, est faite de combats feutrés, de compromissions et d’éclats. D’un côté, les juifs sont écartés de la troupe et l’Allemagne impose des choix. De l’autre sont créées, ces années-là, « Le Soulier de satin » et « La Reine morte », deux pièces d’anthologie.

On ne l’a pas regardée d’un bon œil. Au début des années 1990, Marie-Agnès Joubert se lance dans une thèse ayant pour thème la Comédie-Française sous l’Occupation. Il n’y a rien sur le sujet, à part quelques articles et des souvenirs épars de comédiens. Quand l’étudiante, née en 1968, demande à consulter les archives conservées à la bibliothèque de la Maison de Molière, place Colette, au cœur de Paris, on lui refuse l’accès à certains documents. Aux Archives nationales, où sont conservés les dossiers de l’épuration, elle est reçue avec suspicion : « Pourquoi vous intéressez-vous à ce sujet ? »

Marie-Agnès Joubert reconnaît que, depuis, « il y a eu une belle évolution ». La preuve : Clément Hervieu-Léger, l’administrateur général du Français, a donné avec enthousiasme son feu vert à un projet de film documentaire, écrit et réalisé par Virginie Linhart et inspiré par le livre remarquable tiré de la thèse de Marie-Agnès Joubert, La Comédie-Française sous l’Occupation (Tallandier, 1998).

Les Allemands prêtent une attention toute particulière à la Maison de Molière, qu’ils considèrent comme le fer de lance de leur politique culturelle en France. Ils cherchent moins à exercer la censure des pièces jouées qu’à introduire le théâtre allemand dans le saint des saints, la salle Richelieu.

Mikael Daroca

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Repos des sens .

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