L’oreille d’un sourd – Jm Audrain

 Ce texte hors des sentiers rabattus devrait satisfaire

 les amateurs d’anatomie, de spéléologie, d’entomologie

 et d’acoustique.

 Sous les jeux de mots, l’oreille !

 et ce dicton : ” Vieux mots sourds que j’aimais… “

 

Quand on dit ” ça n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd”, qu’entend-on par là? Je dis “qu’entend-on” au sens figuré et au sens propre, car, figurez vous, l’oreille d’un sourd est propre. Forcément puisqu’il ne s’en sert pas (seuls les entendants se rincent l’oreille)!

 Donc, qu’entend-on par l’oreille d’un sourd? A coup sûr des acouphènes. Car l’oreille d’un sourd est une véritable ruche où chaque cellule s’affaire à bourdonner et à œuvrer à la fabrication du cérumen, véritable travail de fourmi pour produire ce miel d’oreille. Mais au prix de quel vacarme!

 Comme de bien entendu, par l’oreille d’un sourd,

on entend des sifflements variés et significatifs.

Si l’oreille siffle une fois, c’est que l’eau bout.

Quand le facteur passe, elle sonne deux fois.

Et si l’oreille siffle trois fois, c’est que le train arrive,

et il en passe sans cesse.

Car l’oreille d’un sourd est souvent en train de siffler.

 Avec tout ce bruit, pas moyen de faire entendre raison à un sourd. Car chez le sourd, ce sont les oreilles qui résonnent. Alors que chez un entendant “Ca rentre par une oreille et ça ressort par l’autre” (si l’entendant n’est pas lui aussi bouché), chez un sourd, tout ce qui tombe dans une oreille ressemble à une bouteille à la mer lâchée dans une piscine vide. Rien ne s’y gagne, tout s’y perd. C’est un vrai labyrinthe à vous rendre marteau.

 Aussi,  gardez-vous des paroles lancées en l’air, car on ne sait jamais dans quel pavillon elles retombent.

 

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (977)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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1 Commentaire
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Grant Marielle
Invité
9 septembre 2020 23 h 05 min

Emportée par cette tornade de jeux de mots, je me suis bien amusée ! Ce poème plaira aussi aux cinéphiles !