
J’ai, ce soir, décidé de promener mon ombre;
De la sortir enfin de ce salon ringard,
Aux meubles surannés, aux senteurs de placard,
Aux relents alanguis de cave et de décombre.
C’était l’heure, au jardin, où fleurit le concombre,
Où la lune se joue des nappes de brouillard;
Alors, mon ombre douce, il n’est jamais trop tard
Pour nous aimer ici, sans gêne et sans encombre.
Non, tu n’es point vêtue d’un costume de veuve
Dans ces chemins lointains habités par l’oubli;
Offre-moi la rosée où mon âme s’abreuve,
Loin de l’ennui du jour lentement aboli.
Et ne pars pas, mon ombre, à la lune tombante,
Lorsque mon cœur s’emplit des parfums de la menthe !