
Ils étaient là, parqués, tels des rebuts immondes,
Cachés des regards et des sagesses du monde
Soumis aux tortionnaires chargés de l’extinction
De ce peuple venant de la colline de Sion.
Il faut du temps aux Dieux pour parfaire une vie.
Il en faut peu aux hommes pour ôter cette vie !
Que la haine d’un fou soit communicative
Et la folie du fou est folie collective !
Le dessin du squelette comme tout vêtement,
Sans couronne d’épines, ils allaient lentement
Sans qu’aucun paradis n’aboutisse à leurs pas ;
Ils connaissaient l’enfer avant l’heure du trépas.
Ils n’ont même pas eu droit aux planches d’un cercueil
Pas même un petit trou comme tombe d’accueil
Tout comme des ordures sur un terrain désert,
Leurs cadavres s’emmêlaient devant les bulldozers.
Punis pour être nés avec une religion
Que les nazis traitaient comme une contagion,
Ils étaient là, rongés par l’atroce vermine
Traînant leur presque morts dans ce lieu de famine.
© Dutailly Philippe – 06 04 1996 tiré de “Un siècle en légende”