L’histoire du chauve sourd – Jean-Marie Audrain

C’est l’histoire d’un chauve qui avait les trompettes d’Eustache bien mal embouchées.

Il alla sans détour chez l’audio-prophètiste qui lui en mit plein l’ouïe pour l’affubler d’une nouvelle paire de contours.

 

Mais entendre avec ça, c’était une autre paire de manches. En fait, ces engins  l’assourdissaient tellement qu’en voulant s’en arracher les cheveux, il s’en arrachait les oreilles.

C’est ainsi qu’il cassa ses coudes,

ce qui entraîna un épanchement de cérumen…

Il se dit alors : “Tiens, depuis que je suis sourd, je me suis assoupli; avant je n’aurai jamais pu me mettre les coudes dans les oreilles”. D’ailleurs, c’est en portant sa main gauche à son coude gauche – ça, seul un sourd peut le faire- qu’il s’aperçut que le contour n’était plus suspendu au trou de l’embout. Même le trou avait disparu.

Maladroit comme il l’était, il avait perdu les deux, ce qui lui en bouchait un coin. Pensez donc, des trous tout neufs! Et coudés en plus!

Il retourna donc exposer le problème à l’audio-prophètiste.

Celui-ci s’étonna et initia ce court dialogue épique :

– Comment pouvez-vous perdre des contours allumés?

– C’est qu’il faisait nuit sourde” .

– Mais même la nuit les contours sifflent !

– Possible mais je ne peux plus les entendre si je les perds!

– Alors je vais vous donner un bon tuyau…

– Plutôt deux et des solides…

– Pour ne plus être à court de contours, achetez m’en deux paires! Et surtout, gardez en toujours une sous le coude!

 

Comme son histoire ressemblait à une blague…

le chauve sourd rit!

 

P.S. : Alinéa explicatif pour les entendants: le coude est un petit tuyau coudé en plastique situé entre l’embout intra-auriculaire et la tige creuse montant vers la prothèse appelée “contour d’oreille”.

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (960)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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Olivier
Invité
Olivier
17 décembre 2023 22 h 40 min

Un bien joli texte frais et qui m’a donné le sourire !
“Des trous tout neuf ! et coudés en plus” :-)