Illustration d’un verset du livre de l’Ecclésiaste devenu proverbe : Vanité des vanités, tout est vanité. Ecoutons cette célèbre fable persane :
On raconte qu’un saint homme recevait régulièrement, de la maison d’un marchand, de quoi assurer sa subsistance : farine, beurre fondu et miel. Il gardait toujours en réserve un peu de beurre et de miel enferme dans une cruche qu’il suspendait en un coin de la maison.
Or, un jour que l’homme était étendu sur le dos, sa tête juste au-dessous de la cruche, il regarda celle-ci et, pensant au prix élevé du beurre et du miel, se dit :
« Je m’en vais vendre, pour un dinar, le contenu de cette cruche. Avec ce dinar, j’achèterai dix chèvres ; elles porteront et mettront bas dans six mois. >>
Ici, le dévot refit sur cinq ans les mêmes calculs et trouva un total de quatre cents chèvres et même plus.
« Avec toutes ces chèvres, poursuivit-il, j’achèterai cent boeufs, a raison d’un boeuf pour quatre chèvres, et j’aurai de la semence pour mes bêtes. Au bout de cinq ans, je suis sûr de détenir, entre mes bêtes et mes semences, une jolie fortune. Je me bâtirai alors une maison magnifique, j’achèterai un serviteur, une servante, de riches vêtements et tout un mobilier. Quand j’en aurai fini avec cette installation, j’épouserai une jolie femme pleine de qualités. Elle deviendra grosse de mes œuvres et me donnera un fils bien bâti que j’appellerai Mameh. Je lui donnerai une bonne éducation et m’occuperai de celui-ci avec le plus grand soin. Et s’il n’accepte point mes leçons, je le frapperai avec ce bâton, comme ceci. »
Et le dévot, levant le bâton qu’il désignait ainsi, toucha la cruche qui se brisa, laissant couler le beurre et le miel sur le crane et la barbe de l’homme.