Ce dialogue intime est une histoire d’amour, d’amour de soi et de son image.
De Narcisse à Dorian Gray, ce sont des hommes qui occupent le devant de la scène des grands. Les femmes sont reléguées aux contes de fées.
Justice leur soit rendue !
” Comment, ô toi l’immuable,
toujours semblable à moi-même,
osas-tu me pourfendre de ton impalpable double jeu ?
Ne m’avais-tu point élue ta préférée
et la plus désirable des silhouettes reflétées ?
Aucune peau ne ressemblait davantage au velours
que la mienne dans son teint de neige immaculée.
Notre secret pacte ne devait-il pas m’éterniser
dans la beauté de mon envol virginal ?
Toi seul savait contrer les outrages des ans,
gommer l’empreinte de mes tourments
et raviver l’éclat de mon incomparable incarnation.
Je ne me contemplais que par ton regard
qui calquait sans vergogne mon intimité.
Je jouissais de la perfection que tu me chantais
quand ma chair t’interrogeait.
Jusqu’à cette ultime et improbable trahison
par laquelle tu me jetas à la figure cette cicatrice,
cette déchirure que tu ne pouvais plus me dérober.
Toutes ces années n’étaient donc que faux-semblants ?
Comment as-tu pu te trahir toi-même,
toi qui avais fait serment de ne refléter que la beauté ?
Seule ta mort pourra racheter ce parjure
et me restituer l’intégrité mon idéalité.
Mais auparavant, je veux m’étreindre une dernière fois. “
La belle s’élança les bras en croix contre son image
et les cent éclats de son miroir,
en rendant l’âme sur le sol, réduisirent, à tout jamais,
le reflet de son corps à cent cicatrices semblables.