La fable de la chèvre et du loup – Jean-Marie Audrain

 

 

Elle broutait paisiblement

La chèvre du père Adam ;

Pour raser un champ de trèfle

Il faut dire qu’elle était sans pareille.

Un loup qui rôdait par là,

Que son estomac guida

Et qui n’avait rien mangé et rien bu,

Au bas mot, depuis la veille,

Voyant l’animal brouter

Le loup s’était approché ;

Il déclara à la chèvre, la biglant dans les yeux :

“Biquette, broutons tous les deux”.

 

 

Mais la chèvre ne disait ni oui, ni non,

Ni même peut-être de la tête,

Mais ses pensées lui disaient, j’en suis sûr,

Que, jamais, elle n’aurait dû naître.

 

Le loup n’était pas méchant

Vu qu’il n’avait plus une dent.

Il était devenu, les ans aidant,

L’animal le plus docile.

La chèvre ne savait rien

Sinon que le loup avait faim

Et c’est, bien sûr, pour ne pas être mangée

Que la bête se mit à pleurer.

“Qu’as-tu là ? »disait le loup

“Je n’ai pas demandé tout,

Broutons chacun la moitié du terrain,

Biquette, serrons-nous la main.”

 

Mais la chèvre ne disait ni oui, ni non,

Ni même peut-être de la tête,

Mais ses pensées lui disaient, j’en suis sûr,

Que, jamais, elle n’aurait dû naître.

 

“Voilà donc un gentil loup,

Fort conciliant et bien doux ;

Il n’a rien de ce que m’ont raconté mes ancêtres”

Se dit la chèvre.

“Je pourrais même jeter

Un doute sur sa santé

Un loup qui, pour brouter, vient d’aussi loin

Est sûrement végétarien.

Je m’en vais lui demander

De se repaître à côté

De ne plus brouter l’herbe sous mon pied”.

“Gros loup, veux-tu décamper !”.

 

Mais le loup ne disait ni oui, ni non,

Ni même peut-être de la tête,

Mais il avala, sans procès-verbal,

D’un coup, notre animal.

 

A écouter ici en chanson : 

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (973)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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22 Commentaires
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Erick
Invité
Erick
11 mars 2026 6 h 52 min

Original et taquin j’aime beaucoup
Bravo

Picot marylise
Invité
10 mars 2026 19 h 25 min

La chèvre blanche de monsieur seguin, il ne faut pas parlé à un loup même ÉDENTÉ belle fable ,je me l’a r’appelle plus sauf blanche et de M e ,SEGUIN …BIZZZ. , JM .A …

parseghian viviane
Invité
parseghian viviane
10 mars 2026 17 h 47 min

Bravo pour cette fable colorée au toujours registre cruel , la petite chèvre perd la partie …j’aimais bien que le loup soit végétarien …vrai 🙏

Maud Chausson
Invité
Maud Chausson
10 mars 2026 17 h 46 min

Ah oui la chèvre ! Que de souvenirs d’enfance ! Malheureusement la nature reprends ses droits !

Lauvergne Clothilde
Invité
Lauvergne Clothilde
10 mars 2026 14 h 14 min

Magnifique, souvenir de la chèvre de monsieur Seguin que j’adorais quand j’étais petite

ATLAN Élisabeth
Invité
ATLAN Élisabeth
10 mars 2026 11 h 32 min

C’est vraiment tres beau. C’est très imaginatif très créatif et en plus, ça donne du baume au cœur, ça fait plaisir, ça rappelle des moments de la vie, des circonstances et j’aime beaucoup.

Odile Stonham
10 mars 2026 10 h 50 min

Jean-Marie, je viens de lire ta fable et jusqu’au bout, j’ai bien cru que la chèvre serait épargnée… Ton histoire m’en a rappelé une que j’ai lu étant petite et que tu dois sûrement connaître aussi : “La chèvre de Monsieur Seguin”. Rien que de l’évoquer, j’ai la gorge qui se noue…

DANIEL Jacqueline
Invité
DANIEL Jacqueline
10 mars 2026 10 h 32 min

Pauvre petite biquette !!!!

Soucachet Bruno
Invité
Soucachet Bruno
10 mars 2026 10 h 15 min

Très belle fable, merci au fin poète que tu es. Faut-il être bon jusqu’à terre “poire” jusqu’à se faire complétement dévorer ? Ou au contraire méfiant jusqu’à devenir fermé à toute compassion ? Eternel sujet te tension dans le discernement de chacun…

Lescarcelle Nicole
Invité
Lescarcelle Nicole
10 mars 2026 9 h 42 min

Toujours se méfier des vieux ( loups ) souvent ” tordus ” …