
Dans son sang bouillonnait tout l’oc
Il usait du vocable ad hoc
Frédéric était en amour
De celle qui balayait sa cour.

Son papa lui avait dit niet
Aucune pauvre à nos assiettes
Mais le poète l’aimait tant
Qu’elle en engendra un enfant.

Le mas du juge fut sa maison
Où on lui donna le prénom
D’un garçon commissionnaire
Avec sa famille en affaire.
L’ insolation lui joua un tour
Lui qui protégeait les amours
De ses parents non épousés
C’est elle qui le fit succomber.

Il emménagera plus tard
Dans sa maison du lézard
Où il ajouta ce reptile
Au cadran solaire hostile.

Il y rédigea Mirao
Poème d’amour incognito
Pour celle qui deviendra Mireille
Baptisée ainsi sous la treille.

Voici le délicieux échange
Qu’il laissa évoquant son ange
En langue d’oc à Lamartine
L’écriture la plus divine :
« «Je te consacre Mireille :
C’est mon cœur et mon âme ;
C’est la fleur de mes années ;
C’est un raisin de Crau
Qu’avec toutes ses feuilles
T’offre un paysan »
Et Lamartine de s’enthousiasmer :
« Je vais vous raconter, aujourd’hui,
une bonne nouvelle ! Un grand poète épique est né.
Un vrai poète homérique, en ce temps-ci ;
Oui, ton poème épique est un chef-d’œuvre ;
Le parfum de ton livre ne s’évaporera pas en mille ans.»
Correspondance entre Frédéric Mistral et Lamartine