Des mots qui restent, par la bouche de celui qui part – Jean-Marie Audrain

Devant une large assemblée de têtes connues, j’osé déclamer  :

Chers collègues, ne vous attendez pas à un grand discours car avec vous il y aurait toujours des surprises

D’ailleurs je me demande pourquoi je suis là avec Rémy aujourd’hui ?

Serait-ce le jour des encombrants. ? Rémy me fait signe que non.

Alors rester à faire une hypothèse : sûrement parce qu’on a le même âge  

Ils attendent qu’on leur fasse une scène de même âge

Mais pas question de leur jouer les Gueguette et les Raymond.

Toi Rémy, tu te voyais comment en ce jour historique ?

Pour ma part, je me voyais partant en retraite chauve, la peau fripée, le ventre s’échappant de ma ceinture, le regard éteint…

Et pourtant quand je me regarde dans la classe, pardon, dans la glace, encore un lapsus révélateur. Mais peut-être est-ce vous qui me voyez ainsi ?

En vérité, Rémy, je ne sais pas pour quelle raison tu te retrouves à mes côtés une fois que le jour de foire est arrivé, mais pour par j’invoquerai des raisons purement littéraires.

Tout d’abord des motifs balzaciens. La peau de chagrin. Tout diminue à vue d’œil ; le budget, la reconnaissance, les avancements…

Et puis aussi, encore et surtout, je me considérais comme spectateur sur la scène de ce que Balzac appelait La comédie humaine.

J’ai même vu s’élargir dans cette comédie la famille du cousin Pons et d’Eugénie Grandet entre Folcoche et Jean Valjean. Et maintenant que vous avez toutes et tous épuisé tous les rôles, toutes les typologies, il ne me reste qu’à quitter la scène.

Vous croyez tous que Rémy et moi nous quittons, mais ayant lu Le roi se meurt de Ionesco je peux vous assurer du contraire :

C’est vous toutes et vous tous qui allez nous quitter !

Personnellement, je reviendrai sur la scène de temps en temps car le pli est pris et bien pris.

Le piano désaccordé et la cantine des toqués me manqueraient trop.

Et bien évidemment les collègues de la BU ! et d’ailleurs…

Je vous dis donc à la revoyure car ce n’est qu’un au revoir, au moins jusqu’au 1er octobre. J’aurais appris, avec vous, que faire partie d’une équipe fait toujours plaisir : aux uns quand on y entre, aux autres quand on en sort !

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (978)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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Pascale Jarmuzynski
3 juillet 2022 11 h 34 min

Entrer … hésiter … partir …
quelquefois pour revenir ….

Douce journée à toi Jean Marie.

Hélène Lebougault
2 juillet 2022 15 h 19 min

Une porte se referme. La laisseras-tu entrebâillée ? Et une autre s’ouvre comme par magie sur toute autre chose, à découvrir et qui sera encore une fois merveilleuse.