Tressé gagnant – Jean-Marie Audrain

On peut filer un très bon coton et obtenir une tresse décevante.
Difficile ensuite de démêler l’écheveau pour y retrouver chaque point de confusion.
Il en va de même de notre affectivité qui tisse en permanence une tresse à trois fils :
Notre désir infini d’être aimé pour ce que nous sommes
Notre besoin d’aimer et de nous donner.
Notre sympathie spontanée ou notre admiration naturelle.
La première erreur de tissage serait de laisser cette dernière fibre embrasser voire embraser les deux autres, alors que chacune doit rester autonome et mouvante à volonté.
Cette méprise, très répandue, porte parfois le nom d’une maladie chantée depuis des décennies, celle qui « foudroie dans la rue cet inconnu qui passe » ou fait des ravages dans les cœurs des collégiennes médusées « par le charme innocent d’un professeur d’Anglais ».
Plus prosaïquement, nous lions sans nous en rendre compte notre admiration, notre appréciation vouée à une personne, avec les deux autres fibres de notre affectivité et cela crée un attachement désordonné. Nous en venons à nous attacher à la personne chez laquelle nous avons reconnu des qualités qui nous séduisent ou nous correspondent sans interroger nos deux autres fibres. De ce fait, on en oublie trop souvent que nous ne sommes pas l’unique humain susceptible d’apprécier cette personne et vice versa. D’où la nécessité de tisser pas à pas, fibre après fibre, chacune restant bien a sa place naturelle. Ce n’est qu’une fois la tresse bien avancée que nous pouvons prendre le recul indispensable pour évaluer la beauté et la justesse de l’œuvre en cours et faire le constat de la conformité du résultat avec le modèle.
Il resterait à rappeler que toute la difficulté provient souvent du fait que nous oublions que nous sommes censés tisser cette tresse à deux en synchronie.

Alors ne laissons pas notre tresse s’effilocher en détresse. Le bonheur tient plus qu’à un fil : il tient à ce tressé gagnant !

 

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (960)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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