Un vent de nuit avait pris mon sommeil pour cible,
Fourbe, cruel, sournois, colérique, agressif,
Un vent vorace, hargneux, poussant un cri horrible
De malade imbibé de soufres et de suif;
Un vent hurlant porteur de glaires et de bave,
Nourri par un désir de blessure et de pleur,
A tel point que j'avais pris refuge en ma cave,
Tellement je tremblais, tellement j'avais peur.
De la terre montaient des odeurs de désordre,
La pluie précipitait le ciel noir sur les toits,
Les chiens, terrorisés, avaient envie de mordre,
Et des relents d'angoisse enveloppaient les bois;
Et l'ouragan, félon, déferlant sur la plaine,
Laissait flotter dans l'air des chants désespérés,
Et ce parfum de larme attisé par la haine,
Ainsi que sur les joues des amants séparés.
La tempête, au jardin, bâtissait le désastre,
Tel un déferlement de rustres d'Attila
Qui gardaient pour eux seuls tous les bienfaits de l'Astre,
Affalés dans les fleurs et sous la pergola.
Les bourrasques vidaient le ciel de ses oiseaux,
La mer brodait au loin des dentelles lugubres
Et les canes aux nids cachés dans les roseaux,
Avaient fui les marais aux rives insalubres.
A l'heure où naissent les fantasmes de la nuit,
On délaissait les joies qui font perdre la tête,
En jetant les repas dans la gueule d'un puits,
Abandonnant la danse, en oubliant la fête.
La tourmente sautait par dessus les clôtures
Déracinant le chêne et abattant le pin,
Dégondant les volets, démontant les toitures,
Ainsi qu'un forcené travaillé par le vin.
Tout n'était que terreur, tout n'était que déboire
Et les morts avaient fui les ombres du caveau,
Les fleuves débordaient bien qu'on cherchât à boire,
Les sangliers creusaient des trous jusqu'au Moho.
Les joies défigurées des fragrances humaines
Par ce souffle enfumé de vapeurs de gravats,
S'épuisaient dans l'azur délabré par les peines
Des couples étrangers à leurs anciens ébats.
Et j'entendis le vent, pendant le cataclysme
Hurler tout haut- pensant ne pas en faire assez -
Qu'il aurait dû se faire assister du Séisme
Car il est son ami s'agissant de casser.
Enfin il ajouta que l'Homme est délétère,
N'adorant que la guerre et la joie des combats,
Que le monde était bleu dans le carbonifère,
A l'époque lointaine où il n'existait pas.
Fourbe, cruel, sournois, colérique, agressif,
Un vent vorace, hargneux, poussant un cri horrible
De malade imbibé de soufres et de suif.
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Alain