
Esther, une “courtisane” citadine, commence à se faire des nœuds dans ses rendez-vous amoureux, sous l’emprise de troubles de mémoire naissants.
Notre héroïne enfila son manteau d’astrakan et descendit errer sur le devant de la rue. Elle rentrait parfois dans le bistrot du coin pour prendre un café et pour surveiller le va et vient des passants.
Elle s’était imaginée que si elle ne pouvait plus inviter ses amants, ceux-ci reviendraient tout naturellement vers elle. Alors, elle se postait et les guettait inlassablement.
Les nouveaux habitants posaient des questions sur cette dame élégante toujours en mouvement sur le trottoir :
“C’est une prostituée de luxe ?”
“Mais non, c’est Mademoiselle Esther. Elle a perdu la mémoire et espère qu’on lui rendra visite »
“Mais pourquoi n’attend-elle pas chez elle ?”
“Comme plus aucun prétendant ne toque à sa porte, elle pense qu’elle finira par les croiser dans le quartier. Elle ne s’éloigne pas trop car elle sait qu’elle se perdrait.”
Quand elle ne paraissait plus dehors, l’entourage s’inquiétait de son état.
Un de ces jours-là, la vieille Hortense monta chez sa voisine et ne percevant aucun bruit, frappa et appela. Rien ne bougea dans l’appartement. Elle se permit d’entrer, inquiète ; elle avança son nez à travers la porte entrebâillée de la chambre. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir la pièce en pagaïe ! Un désordre à deux visiblement très romantique … En remarquant l’élégance des vêtements masculins sur la chaise, Hortense se dit que Mademoiselle Esther avait enfin tiré le gros lot : un gentleman pour de vrai.
La visiteuse s’esquiva à pas de loup en s’amusant intérieurement de l’anecdote. En passant par le salon, un article du journal local posé sur la table attira son regard. Au point où elle en était dans l’indiscrétion…
“Dame de belle allure recherche amnésique de qualité pour venir se perdre dans son lit. Aventures inoubliables assurées. Contact…”
Hortense étouffa un gloussement de rire en pensant : “ Ah ! Celle-là quelle originale ! Elle m’étonnera toujours ! Elle a perdu un coin de tête mais pas le Nord !”
Mademoiselle Esther resta accrochée aux basques de son Gentleman avec une fidélité jamais égalée. On les croisait souvent dans la rue, bras dessous bras dessus, sans jamais les perdre de vue.
FIN