Le sang de Râ – Jean-Marie Audrain

Aristote avait gravé sur le portique du Lycée (première université de la pensée) : Nul n’entre ici s’il n’est philosophe.

Platon, juste avant lui, citant Socrate, aurait dit :

Nul ne peut philosopher sans retrouver l’émerveillement de son regard d’enfant.

En rejoignant la cohorte de curieux venus ce soir à la pointe de Langevin, la terre la plus au sud du pôle sud dans l’océan indien, j’ai mesuré l’immensité de cette vérité dans l’écarquillement des prunelles alentour.

Lorsque l’on assiste au spectacle des derniers  instants moribonds du Dieu Soleil, chaque seconde pèse une heure, chaque heure prend goût d’éternité.

Et si c’était cela le goût de l’éternité ?

Arrêter les rais de Râ pour savourer de tout son être l’instant présent pour le vivre comme un arrêt sur image émerveillé sans passé ni futur ?

Ce soir le coucher du monarque prenait des notes tragiques car tout en restant bouche bée on ne pouvait que vivre par le cœur les déchirements de l’Astre divin en mille plaies béantes de brasiers ardents.

Le sang de Râ allait couler dans nos yeux et dans nos veines.

L’horizon devenait son linceul.

La banquise lointaine sa froide chambre funéraire.

Et puis soudain, plus une once de rougeoiement ni de langueurs ocres.

En emportant notre instant présent, Râ nous a entraînés dans son éternité.

Au delà du souffle des alizés et des teintes irisées d’un dernier adieu.

S’immoler dans l’instant présent fut pour Lui et pour nous une aventure tant passionnelle que fusionnelle.

Et sur l’horizon maculé du précieux sang je suis certain d’avoir lu :

Nul n’entre ici s’il ne retrouve le regard émerveillé de l’enfant qu’il était !

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (960)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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1 Commentaire
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Christian Satgé
Membre
14 septembre 2019 8 h 03 min

Même si la prose n’est guère ma tasse de thé, j’ai savouré avec délectation ce texte à la fois poétique et fort. Merci pource partage…