Aristote avait gravé sur le portique du Lycée (première université de la pensée) : Nul n’entre ici s’il n’est philosophe.
Platon, juste avant lui, citant Socrate, aurait dit :
Nul ne peut philosopher sans retrouver l’émerveillement de son regard d’enfant.
En rejoignant la cohorte de curieux venus ce soir à la pointe de Langevin, la terre la plus au sud du pôle sud dans l’océan indien, j’ai mesuré l’immensité de cette vérité dans l’écarquillement des prunelles alentour.
Lorsque l’on assiste au spectacle des derniers instants moribonds du Dieu Soleil, chaque seconde pèse une heure, chaque heure prend goût d’éternité.
Et si c’était cela le goût de l’éternité ?
Arrêter les rais de Râ pour savourer de tout son être l’instant présent pour le vivre comme un arrêt sur image émerveillé sans passé ni futur ?
Ce soir le coucher du monarque prenait des notes tragiques car tout en restant bouche bée on ne pouvait que vivre par le cœur les déchirements de l’Astre divin en mille plaies béantes de brasiers ardents.
Le sang de Râ allait couler dans nos yeux et dans nos veines.
L’horizon devenait son linceul.
La banquise lointaine sa froide chambre funéraire.
Et puis soudain, plus une once de rougeoiement ni de langueurs ocres.
En emportant notre instant présent, Râ nous a entraînés dans son éternité.
Au delà du souffle des alizés et des teintes irisées d’un dernier adieu.
S’immoler dans l’instant présent fut pour Lui et pour nous une aventure tant passionnelle que fusionnelle.
Et sur l’horizon maculé du précieux sang je suis certain d’avoir lu :
Nul n’entre ici s’il ne retrouve le regard émerveillé de l’enfant qu’il était !

Même si la prose n’est guère ma tasse de thé, j’ai savouré avec délectation ce texte à la fois poétique et fort. Merci pource partage…