Le Cordon – Coutret Thierry

C’est arrivé à cet âge tendancieux où l’addition

laisse pendre les regrets au bas du ventre.

Non qu’il fût négligé jusque-là, mais l’engrenage

d’une vie passable l’avait normalisé,

comme l’eau pure, transparente, qu’on oublie

de sanctifier chaque matin.

J’évoluais sur ce fil invisible,

au-dessus du ravin abrupt de mon espèce.

 

Ce jour perdu, une nuée d’amnésies suspicieuses

survola le jardin de ma mère,

arrachant, au gré de son passage,

des souvenirs plantés comme éternels.

Cette liane de vie, cette veine continue,

je l’ai sentie au plus profond, remontant vers l’aube ;

les fleurs du jardin, dans un vase communiquant :

c’était à moi maintenant.

 

En principe, après le premier détachement,

il n’est plus d’utilité.

Il subsiste — je l’affirme — bien après les corps :

éthéré, insécable et vivant.

Chef-d’œuvre de nos instincts :

le cordon, celui de l’enfant.

Coutret Thierry

Coutret Thierry (6)

L'homme a cette faculté fabuleuse de traduire son monde et son ame en language
Venant de la chanson, j'ecris aujourd'hui pour le silence...
Des signes par instinct, pour transformer l’émotion en image
Prémier choc littéraire : Micromegas de Voltaire, puis Herman Hesse à l’adolescence...
Ferré, Brel, Gainsbourg, Jean Fauque et bien d'autres un peu plus tard

Au plaisir de vous lire , d’échanger...

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4 Commentaires
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Jean-Marie Audrain
Membre
30 décembre 2025 23 h 44 min

Une sacrée mémoire ! pour se souvenir encore de son cordon ! Très inspirant pour toi de sus.

Sarah Gastard
30 décembre 2025 0 h 50 min

La poésie peut dire l’indicible de ce que l’on croit, et qui serre sa vérité tout contre soi.