
C’est arrivé à cet âge tendancieux où l’addition
laisse pendre les regrets au bas du ventre.
Non qu’il fût négligé jusque-là, mais l’engrenage
d’une vie passable l’avait normalisé,
comme l’eau pure, transparente, qu’on oublie
de sanctifier chaque matin.
J’évoluais sur ce fil invisible,
au-dessus du ravin abrupt de mon espèce.
Ce jour perdu, une nuée d’amnésies suspicieuses
survola le jardin de ma mère,
arrachant, au gré de son passage,
des souvenirs plantés comme éternels.
Cette liane de vie, cette veine continue,
je l’ai sentie au plus profond, remontant vers l’aube ;
les fleurs du jardin, dans un vase communiquant :
c’était à moi maintenant.
En principe, après le premier détachement,
il n’est plus d’utilité.
Il subsiste — je l’affirme — bien après les corps :
éthéré, insécable et vivant.
Chef-d’œuvre de nos instincts :
le cordon, celui de l’enfant.
Oui, cette mémoire ombilicale, la vraie !
Merci pour votre lecture , Jean-Marie
Une sacrée mémoire ! pour se souvenir encore de son cordon ! Très inspirant pour toi de sus.
Merci pour cette très belle phrase .
Oui, c’est de cet endroit que vient le texte .
Bien à vous,
Thierry
La poésie peut dire l’indicible de ce que l’on croit, et qui serre sa vérité tout contre soi.