
Le père Noël déguisé en printemps
Déposa, dans un lit, une graine de temps
Qui, d’abord anodine, perdue dans la bataille,
Devint, un peu plus tard, un chou-fleur de taille.
Il grossit tellement de par le bien manger
Qu’il emplit, à lui seul, le ventre potager
Et poussa les parois en si fortes bordées
Que celui-ci, vaincu, finit par déborder.
Un jour, comprimé dans sa prison de chair,
Il songea à quitter cette vie maraîchère
Et miracle ! Le voilà, la naissance venue,
Un nourrisson pleureur grimaçant et tout nu.
Or, madame cigogne, sachant l’avènement,
Emporta, d’un coup d’aile, l’heureux événement
Dans les cieux du hasard au zéphyr câlin
Trouver une famille au petit orphelin.
Et le doigt d’un nuage, volant au firmament,
Indiqua la demeure de l’heureuse maman
Qui, dans une attitude, commune aux mammifères,
Pressa son tout petit sur son sein lactifère.
© Philippe Dutailly 06 12 1981