
Je ne saurais dire depuis combien de temps je gisais là assoupi, la tête entre les bras, dans ce refuge savoyard où j’étais venu m’attabler en solitaire lorsque je sentis une main sur mon épaule et perçus une petite voix qui disait : “Je t’aime bien toi” ! Le visage de cet homme sans âge aux yeux frétillants comme l’aiguille d’une boussole avait une expression jubilatoire avec laquelle il était vraisemblablement né. Tout en elle contrastait avec mon déplaisant rictus desséché comme un rhizome sous la terre Sahel.
Je compris subitement que les palabres qui meublent nos échanges quotidiens ne sont que marchandage de mots et d’idées et que seul un sourire crée une véritable passerelle entre les hommes.
“Voudrais-tu m’apprivoiser ?” me lança-t-il, les yeux écarquillés, après un long temps de silence. Je devais lui faire comprendre avec tact que les humains n’ont pas à s’apprivoiser, mais il n’aurait pas compris mon allusion, n’ayant vraisemblablement pas lu le Petit Prince, ou alors il était lui-même un Petit Prince tombé d’une autre planète.
Je ne saurai jamais comment il a rejoint la mienne, mais je pressens qu’il me suivra partout, où que j’aille, en me répétant à l’envi ” Je t’aime bien toi! “