
Elle broutait paisiblement
La chèvre du père Adam ;
Pour raser un champ de trèfle
Il faut dire qu’elle était
Sans pareille.
Un loup qui rôdait par là,
Que son estomac guida
Et qui n’avait rien mangé et rien bu,
Au bas mot, depuis la veille,
Voyant l’animal brouter
Le loup s’était approché ;
Il déclara à la chèvre,
La biglant dans les yeux :
“Biquette, broutons tous les deux”.
Mais la chèvre ne disait ni oui, ni non,
Ni même peut-être de la tête,
Mais ses pensées lui disaient, j’en suis sûr,
Que, jamais, elle n’aurait dû naître.
Le loup n’était pas méchant
Vu qu’il n’avait plus une dent.
Il était devenu, les ans aidant,
L’animal le plus docile.
La chèvre ne savait rien
Sinon que le loup avait faim
Et c’est, bien sûr, pour ne pas être mangée
Que la bête se mit à pleurer.
“Qu’as-tu” là disait le loup
“Je n’ai pas demandé tout,
Broutons chacun la moitié du terrain, Biquette, serrons-nous la main.”
“Voilà donc un gentil loup,
Fort conciliant et bien doux ;
Il n’a rien de ce que m’ont raconté mes ancêtres”
Se dit la chèvre.
“Je pourrais même jeter
Un doute sur sa santé
Un loup qui, pour brouter, vient d’aussi loin
Est sûrement végétarien.
Je m’en vais lui demander
De se repaître à côté
De ne plus brouter l’herbe sous mon pied”.
“Gros loup, veux-tu décamper !”.
Mais le loup ne disait ni oui, ni non,
Ni même peut-être de la tête,
Et il avala, sans procès-verbal,
D’un coup, notre animal.