La chèvre – Jean-Marie Audrain

Elle broutait paisiblement

La chèvre du père Adam ;

Pour raser un champ de trèfle

Il faut dire qu’elle était

Sans pareille.

Un loup qui rôdait par là,

Que son estomac guida

Et qui n’avait rien mangé et rien bu,

Au bas mot, depuis la veille,

Voyant l’animal brouter

Le loup s’était approché ;

Il déclara à la chèvre,

La biglant dans les yeux :

“Biquette, broutons tous les deux”.
Mais la chèvre ne disait ni oui, ni non,

Ni même peut-être de la tête,

Mais ses pensées lui disaient, j’en suis sûr,

Que, jamais, elle n’aurait dû naître.
Le loup n’était pas méchant

Vu qu’il n’avait plus une dent.

Il était devenu, les ans aidant,

L’animal le plus docile.

La chèvre ne savait rien

Sinon que le loup avait faim

Et c’est, bien sûr, pour ne pas être mangée

Que la bête se mit à pleurer.

“Qu’as-tu” là disait le loup

“Je n’ai pas demandé tout,

Broutons chacun la moitié du terrain, Biquette, serrons-nous la main.”
“Voilà donc un gentil loup,

Fort conciliant et bien doux ;

Il n’a rien de ce que m’ont raconté mes ancêtres”

Se dit la chèvre.

“Je pourrais même jeter

Un doute sur sa santé

Un loup qui, pour brouter, vient d’aussi loin

Est sûrement végétarien.

Je m’en vais lui demander

De se repaître à côté

De ne plus brouter l’herbe sous mon pied”.

“Gros loup, veux-tu décamper !”.
Mais le loup ne disait ni oui, ni non,

Ni même peut-être de la tête,

Et il avala, sans procès-verbal,

D’un coup, notre animal.

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (960)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

Pour lire partiellement et commander mon florilège auto édité https://www.amazon.fr/Petit-Prince-Mots-dit/dp/B0BFVZGNYM

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