« Tu n’as pas de titre ni de grade
Mais tu dis « Tu » quand tu parles à Dieu »
Ces célèbres paroles de la chanson de Gérard Lenorman sont d’une vérité et d’une profondeur insoupçonnées.
Qui ne s’est jamais senti réduit à son titre ou à son grade ou à toute autre étiquette réductrice ?
Bien souvent, dans le quotidien, nous n’existons plus qu’en tant que… collègue de, fils de, frère de, prof de, secrétaire de, membre de, diplômé de, voire prisonnier de, coupable de, suspecté de…
Un étiquetage de surface et de circonstance qui fige la personne dans ses attributions ou dans ses attributs, dans sa qualité ou son défaut majeur, bien souvent dans ce qu’il n’a pas choisi, mais qui en tout cas n’est pas son moi profond.
Si l’on n’y prend garde, ces étiquettes nous condamnent à des relations superficielles et ressemblent à nos cages de HLM, chacun y étant systématiquement casé et numéroté, puis trop souvent doté d’un surnom réducteur : l’arabe, le fou, le sourd, l’homo, le zarbi… Rares sont les étiquettes glorieuses !
Et si l’on si essayait d’inverser la vapeur ? Tordre la barre dans l’autre sens afin de parvenir à voir l’autre en lui-même et non plus selon une apparence, un travers ou un épisode de son passé ? Ainsi s’instaurerait un dialogue des « tu », de « moi » à « toi ». Cela signifie bien sûr accueillir le meilleur de l’autre, même si l’on sait que chacun est ombre et lumière, moi autant que lui. Donc voir, entendre et accueillir en lui-même autrui afin de pourvoir l’aimer pour ce qu’il est au-delà du vernis, flatteur ou discriminatoire, des étiquettes.
Le modèle de cette relation, je le lis dans la réponse de Montaigne au sujet de ce qu’était le ciment de son amitié avec Etienne de la Boétie : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Formule transposable dans le domaine de tous les sentiments, bien entendu.
Et valsent les étiquettes…