Jour sans pain – Jean-Marie Audrain

Fut un temps où tous les jours m’étaient de vrais dimanches : des jours sans pain!

Je veux dire des jours sans pli, car éplucher les courriers constituait mon pain quotidien.

Sitôt le préposé passé, je tremblais comme une feuille d’automne en me disant : “La boite sera vide, cela ne fait pas un pli”.

   Pour avoir droit à mon pain quotidien, j’ai dû mettre la main à la pâte ! Je m’écrivais régulièrement des lettres anonymes que je semais chaque dimanche dans une commune différente.

Comme j’aimais bien savoir ce que je recevais, j’avais créé un code de couleurs pour mes enveloppes reçues : Rouge pour les insultes et la diffamation, Rose pour les billets doux, Vert pour les amendes et contraventions, et Bleu pour les factures de fournisseurs d’énergies (EDF, GDF, Pétrole Hahn).

Parfois je recevais un courrier intrus, telle une chaîne à renvoyer à dix personnes. Je jouais le jeu, mais au lieu de recevoir cent réponses comme promis, je n’en reçois que dix, et les miennes en plus ! Car j’y avais mis dix fois mon adresse.

Je m’étais abonné à Rakannonces, journal gratuit d’annonces gratuites, pour me débarrasser de tous mes timbres oblitérés en les vendant à bon prix, mais plus j’en mettais en vente, plus j’en recevais sur des lettres de proposition de rachat.

Aux concours, je jouais dix fois la même réponse, mais je ne recevais au plus qu’un lot et non dix, alors je me plaignais de discrimination, mais on me répondais avec des mots truqués comme «tirage de carte-réponse» donc en d’autres termes «chiromancie». Bref, on me renvoyait de malhonnêtes mauvais sorts.

Comme je n’ai jamais eu de trésor, je jetais sans l’ouvrir toute enveloppe provenant d’une quelconque Trésorerie (des Finances ou des Douanes).

De même pour celles de la Générale des eaux qui ignorait que je ne buvais que de l’eau minérale…et du vin. Et que le bain n’était pas ma tasse de thé.

Quant à celles des bonnes oeuvres, je les remerciais simplement d’avoir pensé à moi, qui m’abstiens de tout don, en utilisant leur enveloppe préaffranchie.

Finalement vous avez vu qu’il y a tout à gagner en donnant de son temps et que, comme disait Onc’Picsou, ça ne mange pas de pain !

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (969)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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2 Commentaires
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Plume de Poète
Administrateur
24 novembre 2021 10 h 39 min

Tout à fait il faut savoir l’utiliser à bon escient son temps et parfois le partager avec les autres, c’est d’ailleurs le rôle d’un modérateur, passer un peu de temps pour les autres, non ?