
Pour Mani, la superstition était une monnaie à deux faces : malédiction pour les pleutres et bénédiction pour les audacieux.
Il se savait de leur race et voulut se le prouver.
En raison d’une ancestrale superstition, les coureurs des sables avaient épargné la pyramide de Sethi 1er. Ramsès II ayant fait recouvrir la momie de son père des plus précieuses pièces ciselées par les artisans de la Place de la Vérité, les prêtres de Ptah avaient jeté une malédiction sur quiconque franchirait le naos de la chambre funéraire. Imhotep avait imaginé un double cloisonnement qui piégerait le moindre transgresseur.
Mani comptait sur la vétusté des rouages pour s’immiscer dans le sas de granit avant que le bloc sphérique ne condamne le couloir émaillé d’éclats de pierre de lumière.
Il parvint à arracher la résine qui scellait le sarcophage puis se courba au-dessus du pectoral royal pour en arracher l’ultime objet de sa quête : le scarabée d’or recouvert de lapis-lazuli offert par la confrérie des joailliers de la ville d’Amon.
Le couvercle retomba si brusquement qu’il crut un instant avoir laissé échapper son inestimable trophée. En croisant les terrifiantes figures de la vengeance de Seth, il ne put contenir le flot de sarcasmes qui s’échappait de sa poitrine. Leur écho s’amplifia jusqu’à engendrer un subit éboulement des parois du sas qu’il regagnait.
À l’instant précis où, devant et derrière lui, quatre pans de murs vinrent s’emboîter pour condamner définitivement la sortie, Mani perçut au loin une sonnerie bien connue et s’effondra en hurlant ” Malédiction, je suis perdu ! C’est mon portable qui a été happé par le couvercle du sarcophage!”